« Je n'aurais pas imaginé fêter Noël sur un rond-point » : dans le Gers, des agriculteurs s'apprêtent à réveillonner ce soir sur la rocade d'Auch

23 décembre 2025 - 18:29

La mobilisation agricole se poursuit dans le Gers. Alors que certains barrages ont été levés sur le département, au rond-point de la Hurée, à Auch, devenu le point central de la mobilisation depuis dix jours, et où se rassemblent jour et nuit des centaines de personnes, pas de “trêve de Noël”. Les agriculteurs resteront mobilisés, en l’absence de réponse favorable du gouvernement concernant la fin de l’abattage total face à la DNC. Show de moto-cross, chants de Noël, traiteur : ils prévoient une grande soirée conviviale pour le réveillon sur le lieu du blocage. Entretien avec Vincent Arbusti, l'une des figures locales de la mobilisation. 

Que comptez-vous faire à l’approche des fêtes de Noël ?

Vincent Arbusti, porte-parole de la Coordination Rurale du Gers. "Il est hors de question d’abandonner ce bras de fer. On attaque la deuxième semaine de combat. Le gouvernement, pour l’instant, continue de faire la sourde oreille face à nos nombreuses problématiques. La liste est longue. Donc, on poursuit. des relèves seront assurées pendant les fêtes, tous syndicats confondus. Il ne faut pas oublier qu’à Auch, nous avons une union des agriculteurs. Une équipe sera présente le 24, une autre le 25, et les jours suivants. Nous avons prévu de bons repas, avec la participation de traiteurs, que je remercie d’avoir répondu positivement à nos sollicitations. Nous avions aussi à cœur de proposer des événements pour la population, qui nous soutient et accepte, pour une grande majorité, nos actions. Dès aujourd'hui, à partir de 17 heures, on aura notamment la présence d'un pilote de moto-cross expérimenté, Arnaud Zoldos. Connu pour ses défis spectaculaires, notamment pour avoir sauté le pont du Gers, (NDLR, une vidéo devenue virale avec plus de 242 millions de vues comptabilisées sur Instagram, l'un des réels les plus vus au monde en 2024). Il nous a proposé de relever un défi sur le lieu du barrage. Il y aura également des chants de Noël. Pour nous, l’important est d’associer convivialité, repos et combat. Ces moments, comme ceux prévus pour Noël, nous permettent de souffler et de nous retrouver, ce qui est rare en temps normal. "
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Si votre contestation, marquée par le blocage de plusieurs axes routiers majeurs comme la 2x2 voies ou la rocade d’Auch, suscite de l’agacement chez certains automobilistes en cette période de fêtes, une grande majorité de citoyens gersois est solidaire du mouvement. Comment réagissez-vous face à ces marques de solidarité ?
 
"Je suis vraiment ému par le soutien que nous recevons. Moralement, c’est très dur pour l’ensemble des troupes mobilisées, peu importe le syndicat. Nous sommes mobilisés tous syndicats confondus depuis plus de dix jours, 24 heures sur 24. C’est une logistique énorme, on parle d'un mouvement historique sur notre département. Avec en moyenne, 400 personnes qui sont rassemblées chaque soir, c’est assez incroyable. Tous unis autour d’un même combat : sauver l’agriculture gersoise et française, mais aussi protéger les citoyens en garantissant une alimentation saine pour les générations futures. Les dons des citoyens — crêpes, gâteaux, boissons —, les coups de klaxon, tout cela nous touche énormément. Une coiffeuse est même venue proposer ses services gratuitement. Au-delà des dons, la présence quotidienne des citoyens à nos côtés est très réconfortante. Le soir, nous sommes à peu près à parts égales entre agriculteurs, syndiqués ou non, et citoyens. Cela montre que tout le monde se sent concerné par l’avenir de notre agriculture. Il faut que le gouvernement comprenne que nous ne sommes pas prêts à lâcher. Si nos demandes ne sont pas rapidement prises en compte, notamment dans un département où l’agriculture est la première source d’économie, la mobilisation montera crescendo."

La fin de l’abattage total dès qu'un cas de DNC est détecté dans un troupeau pourrait-elle vous faire lever le camp ?

« Je le vivrais comme une première victoire. J’en serais même très ému. Je ne suis pas éleveur bovin, mais comment rester insensible lorsqu’on voit un troupeau entier abattu pour une seule bête malade ? J’espère que Madame Genevard a conscience que la liste de nos revendications est bien plus longue. Il y a aussi le sujet du Mercosur, qui doit être abandonné. On ne peut pas importer des produits qui ne respectent pas nos normes. Nous avons l’agriculture la plus vertueuse du monde, et nous devons avoir des dirigeants capables de la défendre, pas de la sacrifier. Il faut remettre en avant l’agriculture française, riche de sa diversité. Dans le Sud-Ouest, nous avons des typologies agricoles différentes d’autres territoires : notre agriculture locale doit être protégée. "

Vous êtes père de famille, cela doit être difficile de laisser vos enfants pour les fêtes de Noel ?

"Oui, c'est un choix pas évident. Ma petite fille va avoir trois ans le 31 décembre. Est-ce que je serai à ses côtés ? Je l’espère. Je pense que des collègues me remplaceront. Ce qui est sûr, c’est que demain soir, je serai ici pour passer le réveillon du 24 avec mon autre famille : celle des agriculteurs. Je n’aurais jamais imaginé, il y a quelques semaines, fêter Noël sur la rocade d’Auch. Mais il y a urgence à protéger notre avenir. On est en train de créer une union que je n’aurais jamais cru possible. C’est du jamais-vu. J’espère que nous nous en souviendrons tous, pour continuer le combat ensemble après ce mouvement historique."

Que répondez-vous à la colère de certains commerçants face aux blocages qui interviennent dans une période cruciale pour l'économie locale ?

"Nous sommes sincèrement désolés de les avoir pris en étau. Certains sont venus nous rencontrer. Malgré l’impact économique, beaucoup comprennent notre colère. Ils savent que si l’agriculture meurt, la vie de nos territoires ruraux sera lourdement touchée, avec une baisse durable de la clientèle. Après notre spectaculaire action à la préfecture, nous avons voulu agir intelligemment : pas d’actions en centre-ville, pour ne pas perturber le marché de Noël d’Auch ni pénaliser les commerçants. Mais après les fêtes, si nous ne sommes toujours pas entendus, nous serons contraints de revenir en centre-ville pour faire entendre notre mécontentement."
E.R

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