Vol de tableaux de Bernard Buffet à Condom : de deux à quatre ans de prison pour les prévenus

Onze tableaux de Bernard Buffet, estimés à plus de 700 000 euros, avaient été dérobés fin décembre 2024 dans une demeure de Condom. Après plusieurs mois d'une enquête mobilisant d'importants moyens, les gendarmes sont parvenus à piéger les auteurs présumés grâce notamment à un militaire infiltré se faisant passer pour un collectionneur d'art. Jugés mardi devant le tribunal correctionnel d'Auch, les quatre auteurs ont été condamnés à des peines allant de deux à quatre ans de prison.

11 tableaux estimés à plus de 700 000 € du célèbre artiste-peintre français Bernard Buffet dérobés sans effraction, violence ni arme : c'est ce qui a conduit cinq prévenus devant la barre du tribunal correctionnel d'Auch ce mardi, près d'un an après leur interpellation à Marseille.

C'était le 1er juillet 2025, près de six mois après avoir dérobé ces œuvres dans une demeure de Condom. Les auteurs du vol pensaient avoir trouvé un collectionneur intéressé pour les racheter. Ce collectionneur était en réalité un gendarme infiltré. Un rendez-vous avait été fixé le 1er juillet, au cours duquel les malfrats devaient remettre les œuvres au collectionneur en échange d'une importante somme d'argent, de plusieurs centaines de milliers d'euros. Un argent qu'ils ne verront jamais. Ils sont interpellés en flagrant délit le jour de la transaction par les gendarmes de l'unité d'élite du GIGN, mettant fin à plusieurs mois de cavale et concluant une enquête ayant mobilisé d'importants moyens.

C'est au cours d'un soir d'hiver, le 29 décembre 2024, que les gendarmes sont alertés pour un cambriolage dans un hôtel particulier de la sous-préfecture gersoise. L'affaire prend très vite une autre dimension lorsque les enquêteurs découvrent l'ampleur du préjudice : des œuvres de Bernard Buffet, l'un des plus célèbres peintres français, ont été dérobées.

Ces tableaux, offerts personnellement par l'artiste à son secrétaire particulier, étaient stockés au domicile de son compagnon. Un patrimoine culturel qui va rapidement susciter la convoitise d'un proche de la victime : le cuisinier du restaurant, Yannick* (prénom d'emprunt) où cet octogénaire avait ses habitudes, s'y rendant régulièrement pour déjeuner. Nouant des liens d'amitié avec les gérants et les salariés. Au point que le propriétaire leur confie un double des clés, laissé dans le tiroir-caisse, afin de permettre, en son absence, d'aller nourrir son chat. Il fait également appel au cuisinier pour l'aider à déplacer des meubles dans sa demeure.

Une visite qui va donner des idées à ce dernier. Il remarque les nombreux tableaux de valeur présents dans l'habitation. Depuis la cuisine ouverte du restaurant, il entend également que l'octogénaire prévoit de s'absenter fin décembre. L'idée du cambriolage germe alors dans son esprit. Il décide de faire un double des clés et contacte trois amis à Marseille, sa ville d'origine. Il leur soumet le projet. Tous répondent favorablement, « appâtés par le gain » à la clé, ayant tous des besoins de trésorerie. 

Onze Bernard Buffet dérobés en moins de vingt minutes

Le soir du 29 décembre, le quatuor prend la route depuis Marseille à bord de deux fourgons. Vers 3 heures du matin, ils arrivent à Condom et stationnent leurs véhicules devant l'habitation. Ils sont aidés par un complice qui, au préalable, a détourné l'orientation des caméras de vidéoprotection de la ville filmant la façade de la maison.

Le vol dure une vingtaine de minutes. Pensant être seuls, les individus cagoulés sont brutalement interrompus par une lumière qui s'allume à l'étage. Le propriétaire, finalement resté chez lui, est réveillé par des bruits suspects et se réfugie dans une pièce. Alertés, les malfaiteurs prennent la fuite, réussissant toutefois à emporter onze tableaux de valeur.

Au même moment, un incendie se déclare dans un distributeur automatique situé à quelques mètres de l'habitation. L'auteur de cet incendie, le même homme qui a détourné les caméras de vidéoprotection, reconnaît les faits mais conteste avoir volontairement provoqué le sinistre pour faire diversion, une hypothèse privilégiée par les enquêteurs. Il admet en revanche avoir modifié l'orientation des caméras en échange d'une somme d'argent, tout en affirmant ignorer ce qui allait se produire dans cette maison ce soir-là.

Une enquête hors norme

Après le cambriolage, les quatre auteurs regagnent Marseille avec les œuvres, d'abord entreposées dans une cave puis déplacées dans un lieu tenu secret. S'ensuit une enquête longue et minutieuse menée par la Section de recherches de Toulouse, la Brigade de recherches d'Auch et l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels. Des techniques d'enquête exceptionnelles sont mises en œuvre : sonorisation de véhicules, exploitation des images de vidéoprotection, notamment sur l'axe autoroutier entre Toulouse et Marseille, filatures et infiltration.

Les enquêteurs remontent rapidement la trace de la bande, qui cherche à écouler les œuvres sur le marché noir. Plusieurs mois après les faits, les suspects sont contactés par une personne se présentant comme un collectionneur d'art. Les discussions durent plusieurs semaines avant qu'un rendez-vous soit fixé le 1er juillet, dans les environs de Marseille, dans un lieu discret que les quatre hommes connaissent bien, caractérisé par une faible couverture mobile, nécessitant l'usage de talkies-walkies.

Une voiture guide le prétendu collectionneur jusqu'au lieu de rendez-vous. Ce que les malfaiteurs ignorent, c'est que ce collectionneur est en réalité un gendarme infiltré, accompagné par les hommes du GIGN. Ceux-ci procèdent à l'interpellation des quatre individus. Lors des perquisitions, les gendarmes saisissent une arme de poing, une compteuse à billets, de nombreux téléphones pré-payés, des cagoules, des gants, ainsi que trois véhicules utilisés pour la commision des faits. 

À la barre, les quatre individus reconnaissent leur implication dans le vol. Tous affirment qu'ils ignoraient la valeur des œuvres dérobées, ne connaissant « ni l'artiste, ni le marché de l'art ». Ils assurent également qu'ils n'auraient pas agi s'ils avaient su que le propriétaire se trouvait finalement dans la maison cette nuit-là.

Tous étaient déjà connus de la justice, mais uniquement pour des délits mineurs. Ils ont découvert la détention provisoire à la suite de leur interpellation. Douze mois d'incarcération, décrits comme « très difficiles à vivre », au cours desquels ils dénoncent des conditions de détention inhumaines, entre surpopulation, insalubrité et manque de soins.

Le propriétaire des oeuvres est décédé au cours de l'enquête

Le propriétaire des œuvres n'était pas présent à l'audience. Il est décédé au cours de l'enquête. La disparition de ses tableaux, auxquels il était particulièrement attaché, « a été un déchirement » et « une épreuve difficile » pour cette homme déjà affaibli suite à une embolie pulmonaire, a déclaré à l'audience l'avocate de la partie civile, mandatée par le neveu de la victime. Elle souligne que celui-ci n'aura jamais su que les œuvres avaient été retrouvées. Elle réclame des dommages et intérêts en réparation des préjudices subis.

Le représentant du ministère public a requis une peine de sept ans d'emprisonnement, dont cinq ans ferme, contre l'instigateur du cambriolage. Il a également requis quatre ans ferme contre les trois autres co-auteurs, ainsi que deux ans d'emprisonnement, dont un an ferme, contre le cinquième prévenu, accusé « d'avoir préparé le terrain ».

Les avocats de la défense ont tous demandé des peines plus mesurées, rappelant que le cambriolage s'était déroulé « sans violence ». « On n'est pas sur du grand banditisme », a notamment plaidé l'un d'eux. 

Des peines inférieures aux réquisitions

Le tribunal a finalement condamné Yannick*, présenté comme le commanditaire, à quatre ans de prison, dont un an assorti d'un sursis probatoire. Les trois autres co-auteurs ont également été condamnés. L'un a écopé de trois ans de prison, dont un an avec sursis probatoire. Les deux autres ont été condamnés à deux ans de prison, dont un an avec sursis probatoire. Enfin, le 5e prévenu, ayant joué un rôle moins important, dans le vol, a été relaxé du chef 

Aucune remise en détention n'a été ordonnée, les prévenus ayant déjà effectué un an de détention provisoire. Ils sont ressortis libres du tribunal.

Une collection finalement vendue aux enchères

La collection privée de l'ancien secrétaire particulier et ami de Bernard Buffet, comprenant notamment les tableaux dérobés à Condom, a depuis été vendue par ses héritiers pour un montant total de 2,6 millions d'euros lors d'une vente organisée par la Maison Briscadieu, à Bordeaux.

E.R