"Très heureux d’être devenu le maire de ma ville de naissance, de ma ville de cœur", entretien avec Camille Bonne, nouveau maire d'Auch

Les premiers pas de Camille Bonne comme maire d’Auch. L’élu socialiste, vainqueur des élections municipales, a été officiellement installé samedi dans ses nouvelles fonctions lors du premier conseil municipal de la nouvelle mandature. Il a ensuite dirigé son premier mariage et assisté à ses premiers événements en tant que maire. Le nouvel édile de la ville-préfecture du Gers nous a accordé une longue interview pour évoquer les grands dossiers qui l’attendent.

Avec le recul, comment avez-vous vécu cette soirée électorale du second tour ? Et cette victoire étriquée avec seulement 42 voix d'avance ?

« On a eu un début de soirée très compliqué, puisqu’on avait les résultats qui tombaient au fur et à mesure. On savait que ça allait être très serré, et ça l’a été. Le dénouement est très heureux pour nous. On est très heureux de continuer à la ville avec l’équipe de Christian Laprébende, et très heureux d’être devenu maire samedi matin. »

Cette ville d’Auch, elle représente quoi pour vous ?

« Moi, je suis Auscitain de naissance. Je n’y ai pas fait toute ma vie, parce que ma mère était haute fonctionnaire : elle a été mutée quand j’étais au collège. J’ai fait une partie de mon collège ici, puis je suis parti à Toulouse, où j’ai fait mon lycée. J’ai ensuite fait mes études de kiné à Strasbourg. Et j’ai voulu revenir en 2010 à Auch. Je suis très heureux d’habiter à Auch, et très heureux d’être devenu le maire de ma ville de naissance, de ma ville de cœur. »

Vous êtes l’un des plus jeunes maires d’Auch sous la Ve République. Cette jeunesse peut-elle être un atout ?

« Je crois que c’est un changement de génération. Mon prédécesseur l’a beaucoup dit durant la campagne. Changement de génération, parce qu’on a beaucoup rajeuni, avec un âge moyen de 50 ans sur la liste. Ça va être aussi un changement dans les pratiques à la mairie. On va essayer d’amener ce que la jeune génération sait faire, au niveau de la communication, du traitement des dossiers, du contact avec les gens. Je crois qu’on est tous en capacité, sur ma liste, d’amener ce nouvel élan, ce nouveau souffle, cette jeunesse qui pouvait parfois faire défaut. Même si je tiens vraiment à remercier tous les sortants qui quittent la mairie, avec qui j’ai pu travailler en tant que conseiller départemental ou membre de la liste de Christian Laprébende. »

Vous succédez à Christian Laprébende. Vous avez tenu à lui rendre hommage samedi lors de votre installation…

« Je dois ma carrière politique à Christian Laprébende. C’est lui qui est venu me chercher pour être sur sa liste en 2020. J’ai toujours été intéressé par la politique, je suis issu d’une famille politisée, mais je n’avais jamais franchi le pas d’être candidat. Il est venu me chercher, et j’ai dit banco. Christian était un maire très apprécié des Auscitaines et des Auscitains, proche des gens, qui n’avait pas d’autre ambition que d’être maire d’Auch. Je salue son travail accompli et le remercie pour le passage de témoin qu’il me fait, ainsi qu’à toute mon équipe. »

Est-ce que vous pouvez nous parler de l’équipe d’élus qui va vous accompagner lors de ce mandat ?

« Il y aura, parmi les conseillers municipaux de la majorité, à la fois des nouveaux et des sortants. On a renouvelé plus des deux tiers de la liste. Donc deux tiers des élus prendront des postes qu’ils n’occupaient pas auparavant. Et un tiers repart. Pas forcément sur les mêmes délégations : on a souhaité en changer certaines pour insuffler un nouveau souffle sur le mandat, découvrir d’autres domaines et travailler avec d’autres personnes. C’est un choix fort qu’on a fait avec mon directeur de cabinet. »

Camille Bonne aux côtés des neuf adjoints qui l’épauleront au cours du mandat

Comparé à la précédente mandature, il y aura une vraie opposition au conseil municipal, avec 10 élus siégant dans l’opposition, dont 7 issus de la liste divers droite. Comment réagissez-vous face à cette recomposition ?

« C’est bien pour la démocratie d’avoir un vrai clivage politique au niveau du conseil municipal. Je connais cette situation au conseil départemental. Avoir une opposition gauche-droite permet aussi d’affirmer ses politiques de gauche. »

Réhabilitation du quartier du Grand Garros, de la caserne Espagne, fin prochaine de la mise en 2*2 voies entre Auch et Toulouse, vous prenez les rênes d’une ville en pleine transformation. Ces défis vous ont-ils motivé ?

« Ce qui m’a motivé, c’est évidemment de pouvoir faire évoluer ma ville. C’est une ville que j’aime. L’idée d’avoir une action directe sur la ville et sur le quotidien des habitants, c’est une vraie joie d’être maire et élu local. Tous les projets que vous avez cités seront des projets phares. Le domaine de la santé a été un sujet prégnant tout au long de la campagne. On va s’en emparer très vite. Et puis, il y a ces grands chantiers à finaliser : la caserne, le quartier du Garros… ainsi que des projets structurants comme le contournement d’Auch, essentiel pour les mobilités et l’attractivité. »

Vous parliez du contournement d’Auch : peut-on espérer un lancement des travaux au cours de votre mandat ?

« On est élus pour sept ans. J’espère que le projet sera lancé et que les études seront terminées d’ici la fin du mandat. Cela serait une bonne chose, car ça permettrait de se projeter sur les mobilités d’Auch pour demain. »

Vous parliez des mobilités d'Auch de demain, relancer la ligne ferroviaire Auch–Agen : y êtes-vous favorable ?

« On l’a dit dans le programme, on y est favorable. Jean Castex, le président de la SNCF, a annoncé de nouveaux moyens de locomotion sur ces lignes. Si la technologie le permet, on y est favorable. Je ne sais pas si ce sera du transport de voyageurs ou du fret, mais avec l’arrivée du LGV à Nérac, il y aura un vrai sujet sur l’accessibilité au train pour les Auscitains, vers les grandes métropoles et la capitale. »

Autre sujet central de la campagne : la sécurité. Comment comptez-vous répondre à ces enjeux ?

« On va réfléchir aux endroits stratégiques où positionner de nouvelles caméras de vidéo-protection, dans un volume qui reste finançable. Ensuite, on va réfléchir à de nouveaux équipements pour nos policiers municipaux. Elle restera, pour le moment, à effectif constant, mais avec des moyens d’action que l’on va évaluer pour améliorer leurs conditions d’exercice. C’est une police de proximité, et j’y tiens : elle gère beaucoup de conflits de voisinage, de petits problèmes du quotidien. Mais c’est essentiel, car pour bien vivre ensemble, il faut traiter ces irritants. »

Certains maires élus dans le pays se sont engagés à faire baisser la taxe foncière, comme Eric Bizard à l'Isle-Jourdain, envisagez-vous une évolution de la taxe foncière ?

« Nous n’avons jamais annoncé de baisse de la taxe foncière, mais nous n’avons pas non plus annoncé une hausse. On va rester sur les niveaux actuels. Même si certaines compétences assumées par les villes, comme la santé ou la sécurité, ont un coût. La taxe foncière n’a quasiment pas bougé depuis 2008. Aujourd’hui, on est à environ 5 à 6 % au dessus des villes comparables, alors qu’on pouvait être à 15 % il y a quelques années. Et il y a de fortes chances qu'à terme, ces villes arrivent à un niveau similiaire à nous. »

La future zone industrielle et artisanale de Naréoux a suscité beaucoup de débats lors de la campagne. Quelle est votre position ?

« Nous avons été clairs dès le départ : nous avons tout intérêt à ce que la zone de Naréoux voit le jour, même s’il s’agit d’un projet porté par l’agglomération. Aujourd’hui, toutes les zones sont saturées. Des entreprises ne peuvent ni s’implanter ni s’agrandir. Nous avons même perdu certaines entreprises, parties s’installer ailleurs. Avec la 2×2 voies, nous allons gagner en attractivité : il est donc nécessaire de disposer de foncier. Il s’agira d’une zone industrielle et artisanale, et non commerciale — je tiens à le répéter. L’objectif est d’attirer des entreprises. On peut notamment imaginer un intérêt de la part d’acteurs du secteur aéronautique et aérospatial, étant donné que nous serons à moins d’une heure de Toulouse. Cette nouvelle zone permettra de renforcer l’attractivité de notre ville, de développer l’économie et d’accueillir de nouveaux habitants disposant d’un pouvoir d’achat bénéfique pour nos commerces. Le projet est lancé, et nous espérons qu’à la fin du mandat, la zone sera ouverte et que les premières entreprises s’y seront installées. »

Améliorer l’accès aux soins est érigé en priorité. Quels sont vos projets ?

« Il faut prendre le sujet par tous les angles. On a des locaux disponibles, mais cela ne suffit pas à attirer des médecins. La mairie ne peut pas financer seule des médecins salariés, mais on peut travailler avec le Département ou la Région, qui le font déjà. L’idée, c’est de créer un centre de santé avec des médecins généralistes salariés par ces partenaires. On explore aussi d’autres pistes, comme les médecins formés à l’étranger ou le secteur privé. On souhaite également mettre en place une mutuelle communale pour permettre un meilleur accès aux soins. Un adjoint à la santé sera dédié à ces questions : c’est une priorité du mandat. »

Où en est la réhabilitation de la caserne Espagne ?

« Je peux déjà vous confirmer qu’un nouveau projet verra le jour, avec un hangar de la caserne qui sera transformé en zone ludique. Les locaux du Greta et de la CCI vont rapidement sortir de terre. Il y a également les travaux de végétalisation de l’espace public autour de l’IFSI et de Ciné 32 qui vont très prochainement se terminer. Pour ce qui est des autres projets, beaucoup de choses sont en vue. Certains n’étaient pas possibles, notamment pour des raisons liées aux zones inondables. Par exemple, on ne pouvait pas construire de logements partout. Il est possible d’en construire uniquement là où il y en avait déjà. Cela a donc quelque peu modifié les plans. Mais c’est un projet que je suivrai personnellement et auquel je tiens tout particulièrement. La caserne Espagne va devenir un véritable poumon pour la ville, avec un site renaturé. Près de 220 nouveaux arbres seront plantés — plus d’un quart l’a déjà été — ainsi que plus de 12 000 plants pour créer un couvert végétal. Le sol sera rendu perméable. Ce sera vraiment un très bel écrin, et j’espère que les habitants auront plaisir à s’y rendre et à profiter de cet espace. Je suis convaincu que ce site deviendra un véritable pôle d’attractivité pour notre ville, où l’on pourra imaginer accueillir des événements culturels et sportifs. »

La transformation sera-t-elle achevée d’ici la fin du mandat ?

« Normalement, oui. Je l’espère en tout cas. Si je me fie à mon prédécesseur, le projet devrait être terminé d’ici trois à quatre ans. C’est déjà bien avancé : on peut le constater en passant aux abords de la caserne, avec de nombreux engins de chantier à l’œuvre. »

Conservez-vous votre mandat de conseiller départemental ? Et serez-vous candidat à la présidence de l’agglomération du Grand Auch ?

« Oui, je reste conseiller départemental aux sports jusqu’à la fin du mandat. En revanche, je ne serai pas candidat à la présidence de l’agglomération. Être maire d’Auch est déjà un mandat très prenant. Je préfère me consacrer pleinement à la ville. »

Des propos reccueillis par Enzo Rousseau