Témoignage d’un surveillant pénitentiaire à Montauban : « On arrive dans les cellules, ça sent le haschich ».

Témoignage d’un surveillant pénitentiaire à Montauban : « On arrive dans les cellules, ça sent le haschich ».

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jeudi, 20 avril 2017
Faits divers

Comme nous vous l’annoncions hier, la rédaction d’Hit FM s’est entretenue avec un surveillant pénitentiaire de la maison d’arrêt de Montauban. Un témoignage assez édifiant. Surpopulation carcérale, radicalisation, trafic de stupéfiants, violences : Jérôme* a vu la situation se dégrader au fil des années de carrière. Entretien.

 

Jérôme, un énième événement s’est produit en début de semaine à la maison d’arrêt « Beausoleil » de Montauban, vous nous racontez ?

Un détenu, au lourd passé psychiatrique, déjà concerné par deux affaires de viol, a sauté sur un surveillant sans raison valable. Il lui a asséné plusieurs coups au visage, mon collègue a la lèvre fendue. C’est une petite agression certes, mais elle fait partie du quotidien.

La situation s’envenime à Montauban? 

On va dire que ça ne s’arrange pas. On a de 220 détenus pour 140 places, 23 matelas au sol. Il y a une certaine promiscuité entre détenus, ce qui crée évidemment des tensions. Entre eux, et envers nous. Nous sommes leurs premiers interlocuteurs, quand on leur ouvre la porte, c’est à nous qu’ils s’en prennent.

Ma question est peut-être excessive, mais craignez-vous une mutinerie? 

On est pas à l’abri. Depuis deux semaines, les détenus traînent les pieds pour rentrer de promenade. Récemment un collègue a même dû déclencher l’alarme, c’est déjà des signes.  Dans ma carrière, j’ai déjà vécu trois grosses mutineries, ils avaient tout saccagé, tout brûlé. Là, je sens qu’ils nous testent. La population pénale a changé, c’est de plus en plus jeune, mais aussi de plus en plus violent.

Etes-vous, vous aussi, concernés par le prosélytisme religieux? 

Pour le moment c’est le statut quo. Des quartiers spéciaux s’ouvrent dans certaines centrales, je pense notamment à Condé-sur-Sarthe en Normandie, avec que des gros dossiers là-bas. C’est encore un problèmes pour les surveillants, ce sont des vrais coupe-gorge.

Et le trafic à Montauban, il existe aussi? 

Bien sûr. Trafic de portables, de stupéfiants.  Nous sommes sensés recevoir un filet anti-projection au deuxième semestre 2017. Le matin à 8 heures, ça sent le haschich partout. Pour revenir sur les portables, ça devient un phénomène inquiétant. On en compte deux par cellule. On en a même trouvé un, où le détenu en question consultait des sites pour préparer des bombes, avec des photos de circuits électriques. Il a été transféré d’urgence vers une autre centrale.

Les fonctionnaires de Fleury-Mérogis ont manifesté récemment. Vous les comprenez j’imagine…

Clairement, c’est encore une autre population, encore plus violente, hyper tendue. J’y ai travaillé, à l’époque c’était 1 surveillant pour 180 détenus. Comment gérer ça? C’est pas possible.

Les élections approchent. Sentez-vous les candidats concernés par le problème des prisons? 

Il n’y en a pas un qui connaisse son sujet, pas un vers lequel j’irai. Ils font de belles annonces mais elles sont utopiques, comme créer 40 000 places de surveillants. Foutaise ! Déjà qu’on a du mal à recruter.

Comment expliquez-vous le changement de mentalité des détenus?

J’ai connu une époque où il y a avait du respect. Le lit était fait, il y avait une certaine discipline. Aujourd’hui c’est du grand n’importe quoi. Les cellules sont remplies comme des bétaillère, certains enlèvent leurs portes de douche pour dormir. Quand tu vois ça en France, c’est lamentable.

 

 

* Ce prénom a été modifié. 

 

 

 

 

 

 

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